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Port de la Lune
Rue pavée humide de Bordeaux la nuit, réverbères et façades XVIIIe siècle

1942-1944

Aristide, l'Anglais qui n'avait jamais tué

Roger Landes — SOE, Bordeaux, 1942-1944

Il est britannique. Il parle français sans accent. Et il vient d'être parachuté dans la France occupée.

  • 29 min
  • Bordeaux · Gironde · Landes
  • Résistance
  • Guerre
  • Espionnage
  • Trahison
  • Bordeaux
Épisode audio bientôt disponible

Envoyé par le Special Operations Executive dans une ville portuaire tenue par les Allemands, Roger Landes y devient opérateur radio, puis chef de réseau. Autour de lui, une guerre clandestine faite de messages, de planques, de dépôts d'armes et de dénonciations — où une seule arrestation peut tout emporter. Cet épisode suit un agent britannique confronté à des décisions que sa formation n'avait pas prévues, dans un Bordeaux occupé où l'ennemi n'est pas toujours celui que l'on croit, et où la Libération pose une dernière question : au nom de qui agit-on ?

Ce que l'épisode n'avait pas le temps de raconter.

Comprendre Aristide

Pour comprendre ce qui arrive à Roger Landes, il faut comprendre le monde dans lequel il est envoyé : une guerre clandestine menée depuis Londres, des radios que l'ennemi peut repérer, une ville stratégique et des réseaux conçus pour survivre aux arrestations.

Papiers d'identité français des années 1940, billets et objets personnels posés sur une table sombre
Illustration d'ambiance. Ce visuel n'est pas un document d'archive : les photographies et documents du SOE restent sous droits tant que les autorisations ne sont pas obtenues.

Comprendre 01

Le Special Operations Executive

Le service secret que Churchill crée pour porter la guerre en Europe occupée.

Été 1940. La France est occupée et l'armée britannique vient d'être évacuée de Dunkerque. Le gouvernement britannique crée alors un service chargé d'agir derrière les lignes ennemies : le Special Operations Executive, le SOE.

Contrairement au renseignement classique, le SOE ne se contente pas d'observer. Il agit. Voies ferrées, installations industrielles, transmissions, dépôts, parachutages.

En France, la Section F est dirigée depuis Londres par Maurice Buckmaster. Plusieurs centaines d'agents sont envoyés sur le terrain. Une partie importante ne reviendra pas.

Fabriquer un agent clandestin

Parler français ne suffit pas : il faut pouvoir passer pour français. Les agents apprennent la fausse identité, le sabotage, les armes, la radio, le parachutisme et la contre-surveillance.

La clandestinité se joue parfois dans un détail aussi banal qu'un vêtement, une cigarette ou un papier incompatible avec la couverture.

Sa mission

  • Sabotage
  • Soutien aux mouvements de résistance
  • Armement des groupes clandestins
  • Préparation d'opérations
  • Communications avec Londres

Ce que ça change pour l'épisode

Roger Landes n'est pas simplement un Français entré dans la Résistance. C'est un militaire britannique envoyé en mission, avec une hiérarchie à Londres et des objectifs assignés.

Cette différence devient essentielle lorsque la France est libérée.

Comprendre 02

Le radio

Le métier le plus dangereux de la guerre clandestine.

Un réseau sans radio est presque coupé de Londres. L'opérateur transmet renseignements, demandes de matériel, coordonnées de parachutages et confirmations d'opérations. Il reçoit ordres, informations et instructions.

Mais chaque émission peut également conduire l'ennemi jusqu'à lui. Les services allemands utilisent des systèmes de radiogoniométrie permettant de rechercher l'origine d'un signal ; des équipes mobiles resserrent ensuite progressivement la zone.

  • Émettre court
  • Changer de lieu
  • Ne pas créer de routine
  1. Londres
  2. Ondes radio
  3. Landes à Bordeaux

Détection allemande — radiogoniométrie

Ce que ça change pour l'épisode

Landes arrive comme opérateur radio, et tient dans cette fonction pendant des mois.

Poste émetteur clandestin en valise, casque et manipulateur morse posés sur une table de bois
Illustration d'ambiance d'un poste émetteur en valise. Ce visuel n'est pas un document d'archive.

Comprendre 03

Bordeaux sous l'Occupation

Pourquoi cette ville compte autant.

Bordeaux n'est pas une ville occupée comme une autre : son port et son estuaire ouvrent sur l'Atlantique. Grand port, infrastructures ferroviaires, activité logistique, base sous-marine allemande. Ville stratégique, donc ville surveillée.

Les services allemands de police et de renseignement sont organisés autour du KdS, dont le bureau IV correspond à la Gestapo ; Friedrich Dohse y agit contre les réseaux clandestins. La répression ne repose pas sur eux seuls : Pierre Poinsot et ses services participent aux arrestations, aux interrogatoires et à la traque des résistants.

Bordeaux clandestin, 1942-1944

Gare Saint-Jean

Base sous-marine de Bacalan

34 cours de Verdun, BordeauxLocalisation probable

80 rue de l'Ermitage, Le BouscatLocalisation probable

  • Lieu exact
  • Localisation probable
Carte contemporaine stylisée à partir de données géographiques actuelles. Quelques kilomètres séparent ces points : c'est toute la géographie quotidienne d'un réseau clandestin.Fond de carte : © contributeurs OpenStreetMap (ODbL). Carte contemporaine stylisée à partir de données géographiques actuelles.

Bordeaux · Saugnac · Pompignac

Bordeaux

Blaye

Lacanau

Biganos

Parentis-en-Born

Forêt de SaugnacZone

Cimetière de Pompignac

  • Lieu exact
  • Zone
Carte contemporaine stylisée à partir de données géographiques actuelles. Le secteur de Saugnac est indiqué comme zone : le lieu exact n'est pas connu.Fond de carte : © contributeurs OpenStreetMap (ODbL). Carte contemporaine stylisée à partir de données géographiques actuelles.
  • 34 cours de Verdun, Bordeaux

    L'appartement où le réseau se réunit au printemps 1943 : on y monte l'escalier normalement, et l'on y décide de choses qui coûteront des vies.

    Adresse citée par la littérature disponible, non confirmée par archive primaire : le point est indiqué comme probable, pas comme exact.

  • Forêt de Saugnac

    Trois personnes y sont exécutées en juillet 1944 sur ordre de la Résistance. Le point exact reste inconnu : la carte n'affiche qu'un secteur.

    Le point exact de l'exécution n'est pas connu : seul le secteur est indiqué, sous forme de zone.

  • Cimetière de Pompignac

    Une plaque y porte la mention « lâchement assassinés par la Résistance » : la controverse a laissé une trace physique.

Comprendre 04

Comment fonctionnait un réseau clandestin ?

Une organisation conçue pour limiter les dégâts lorsqu'un homme est arrêté.

Le principe est celui du cloisonnement : chaque membre ne connaît idéalement que ce dont il a besoin pour remplir sa mission. Cela limite les conséquences d'une arrestation.

Ce que ça change pour l'épisode

Landes apparaît deux fois dans ce schéma : 1942 → radio, 1944 → chef de réseau.

Le cloisonnement doit empêcher qu'une arrestation fasse tomber tout le réseau. Mais plus un homme est haut placé, plus il connaît de personnes, d'adresses et de dépôts.

  1. Londres

    Section F du SOE — ordres et moyens.

  2. Chef de réseau

    Roger Landes à partir de mars 1944, à la tête du réseau Actor.

  3. Opérateur radio

    Roger Landes en 1942, sous le nom de Stanislas.

  4. Agents de liaison

  5. Groupes locaux

  6. Sabotages · parachutages · renseignement

  • Dépôts d'armes
  • Planques
  • Courriers
  • Terrains de parachutage

Plus quelqu'un est haut placé, plus il possède d'informations. Lorsque le sommet d'un réseau est compromis, ce sont les hommes, les adresses, les dépôts, les terrains et les communications qui peuvent tomber avec lui.

Une question qui reste ouverte

Grandclément : trahison, calcul, ou piège ?

Aucune source disponible ne permet de trancher. La page ne tranche pas non plus.

Ce que l'on sait

Il passe un accord avec Friedrich Dohse.

Ce qui reste discutéL'étendue exacte de ce qu'il livre.

Des dépôts d'armes sont livrés.

Ce qui reste discutéCe que les Allemands savaient déjà.

Des résistants arrêtés sont libérés.

Ce qui reste discutéComment il interprète lui-même son action.

Londres le désigne comme traître.

Ce qui reste discutéLes conditions de la décision de l'exécuter.

René Terrisse a rouvert le dossier en 1998 dans « Grandclément, traître ou bouc émissaire ? ».

Pour Landes, lorsqu'il prend sa décision, le doute n'existe plus.

Après l'histoire

  • Roger Landes

    Force 136 en Asie du Sud-Est, puis retour en Angleterre. Invité à Bordeaux par Jacques Chaban-Delmas en 1950. Mort en 2008.

  • Friedrich Dohse

    Jugé à Bordeaux en 1953 : sept ans de travaux forcés, une détention préventive couvrant l'essentiel de la peine, libéré peu après.

  • La mémoire

    La controverse survit à la guerre et reste visible dans le paysage mémoriel.

Dans les coulisses du récit

Faits réels, narration immersive.Et quand les archives se taisent, la fiction prend le relais sans le cacher.

Documenté

  • L'arrivée de Landes à Bordeaux en novembre 1942 comme opérateur radio du réseau Scientist.
  • Le pacte entre Grandclément et Dohse, les livraisons d'armes et les libérations de résistants.
  • L'exécution de juillet 1944 et l'identité des trois victimes.

Discuté

  • La date exacte de l'exécution : 27 ou 28 juillet 1944.
  • Les motivations réelles de Grandclément.
  • L'adresse du 34 cours de Verdun, citée par la littérature, non confirmée par archive primaire.

Reconstitué

  • Les dialogues et les gestes des scènes du récit.
  • L'état d'esprit de Landes à son arrivée : aucun document ne le consigne.
  • L'ambiance des rues de Bordeaux à la Libération, écrite depuis la presse locale d'août 1944.
Consulter les sources et la méthode
  • René Terrisse, « Grandclément, traître ou bouc émissaire ? »

    Relecture des archives contre la thèse de la trahison devenue quasi officielle.

    Aubéron, 1998

  • M. R. D. Foot, « SOE in France »

    Référence de fond sur l'action du SOE en France.

    HMSO, 1966

  • Préface de Roger Landes (1992)

    Source primaire, à citer précisément.

  • Mémoires de Friedrich Dohse

    Source intéressée : jamais une référence neutre.

  • Dossiers du procès de Bordeaux, 1953

    Avec la couverture de presse contemporaine.

  • Mémoire Vive de la Résistance

    mvr.asso.fr

  • Centre pédagogique de la Résistance et de la Déportation des Landes

    Source secondaire solide sur le commandement de juin 1944.

  • À compléter

    Archives départementales de la Gironde ; dossiers personnels SOE aux National Archives britanniques (série HS9).

Droits d'image · Les photographies d'époque de Roger Landes, des agents du SOE et de la Libération de Bordeaux sont pour la plupart sous droits (Imperial War Museum, The National Archives, agences de presse, fonds privés). Tant que les autorisations ne sont pas obtenues, ces documents sont cités par leur cote et leur description plutôt que reproduits. Les visuels d'ambiance présentés ici sont des illustrations, jamais des archives.

Faits réels, narration immersive.Et quand les archives se taisent, la fiction prend le relais sans le cacher.