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Port de la Lune
Docks de Bordeaux la nuit, grues et eau noire

22 août 1944

L'homme qui a sauvé Bordeaux

Heinz Stahlschmidt / Henri Salmide

Un sous-officier allemand allume une mèche, sort du blockhaus, et va s'asseoir sur un banc du Jardin Public.

Sur le nom · Cette page écrit Heinz Stahlschmidt pour tout ce qui précède sa naturalisation française en 1947, et Henri Salmide pour la suite. C'est la même personne ; le nom change une fois, ici, et pas ailleurs.

  • 20 min
  • Bordeaux
  • Guerre
  • Bordeaux
  • Destins extraordinaires

Écouter l'épisode

Lecteur audio hébergé par ElevenLabs · 19:52

Août 1944. La Wehrmacht se retire du Sud-Ouest et le port de Bordeaux doit être rendu inutilisable : quais, grues, écluses, installations, une partie des ponts. Le dispositif de mise à feu est stocké dans un blockhaus des Chartrons, rue Raze. Heinz Stahlschmidt, sous-officier de la Kriegsmarine chargé des explosifs, sait ce que contient ce dépôt et ce qu'il déclencherait. Le 22 août, il y entre seul. Ce que fait un homme qui n'a reçu aucun ordre de désobéir, et ce que cela lui coûte ensuite, commence là.

Ce que l'épisode n'avait pas le temps de raconter.

Comprendre

Quatre blocs. Deux questions : qu'est-ce qui rend la désobéissance possible, et pourquoi la reconnaissance a-t-elle mis près de cinquante ans.

Comprendre 01

Pourquoi le port devait être détruit

Un port de guerre ne se rend pas : il se rend inutilisable. C'est une doctrine, pas une décision locale.

Le port, la base et le dépôt

Base sous-marine de Bacalan

Blockhaus de la rue RazeLocalisation probable

Le Port de la Lune

Pont de pierre

  • Lieu exact
  • Localisation probable
Fond de carte OpenStreetMap. Les points marquent des lieux localisables ; aucun tracé de câble, de charge ou de ligne de mise à feu n'est dessiné, faute de plan publié.Fond de carte : © contributeurs OpenStreetMap (ODbL). Carte contemporaine stylisée à partir de données géographiques actuelles.

Bordeaux n'est pas un port comme un autre en 1944 : la base sous-marine de Bacalan en a fait un objectif militaire de l'Atlantique, et les installations portuaires — quais, grues, écluses, appontements — sont ce qui donne encore une valeur à la ville pour les Alliés qui arrivent.

Détruire ces installations, c'est retarder l'usage du port pendant des mois. C'est aussi, à Bordeaux, faire sauter des charges au milieu d'une ville habitée : les quais bordent directement les quartiers.

Ce que ça change pour l'épisode

L'enjeu n'est pas « faire sauter un pont » mais neutraliser un système portuaire entier, préparé à l'avance et centralisé en un point.

Comprendre 02

Ce qu'il y avait réellement dans le blockhaus

Trois choses distinctes, souvent confondues : les systèmes de mise à feu, les explosifs, les mèches lentes.

Le blockhaus de la rue Raze, aux Chartrons, sert de dépôt à ce matériel. C'est ce qui en fait le point unique du dispositif : neutraliser ce lieu, c'est désarmer l'ensemble sans avoir à toucher une seule charge sur les quais.

Ce que ça change pour l'épisode

La désobéissance est possible parce qu'un seul homme a accès, seul, au seul endroit qui commande tout le reste.

  1. Systèmes de mise à feu

    Détonateurs et dispositifs d'amorçage : la partie rare, difficile à remplacer.

  2. Explosifs

    La charge proprement dite, sans effet tant qu'elle n'est pas amorcée.

  3. Mèches lentes

    Ce qui relie l'amorce à la charge et laisse le temps de sortir.

Détruire le dépôt d'amorçage ne détruit pas les charges déjà posées : cela prive le dispositif de ce qui les déclenche.

Comprendre 03

Le prix de la désobéissance

Refuser un ordre dans la Wehrmacht en 1944 n'est pas une question morale abstraite : c'est une procédure.

En 1944, la justice militaire allemande fonctionne à plein régime. Le refus d'obéissance, l'abandon de poste et le sabotage relèvent de tribunaux militaires qui prononcent des condamnations à mort, et les exécutions ont lieu.

S'y ajoute la responsabilité familiale : les proches d'un soldat considéré comme traître sont exposés à des mesures de représailles. Un homme qui désobéit ne joue pas seulement sa vie.

Une fois l'acte commis, il n'y a pas de retour possible : Heinz Stahlschmidt ne peut plus rejoindre son unité. Il devient, du jour au lendemain, un homme sans armée, sans papiers valides et sans pays.

Ce que ça change pour l'épisode

C'est cette asymétrie qui rend l'acte lisible : le risque est immédiat et total, le bénéfice personnel est nul.

Comprendre 04

Pourquoi la reconnaissance a pris cinquante ans

Un sauveur allemand n'entre pas facilement dans le récit d'une ville libérée.

En 1944-1945, la Libération se raconte avec des résistants et des Alliés. Un sous-officier de la Kriegsmarine n'a pas de place dans ce récit : ce qu'il a fait ne peut être ni intégré ni célébré sans déranger la manière dont la ville se raconte sa propre libération.

Du côté allemand, l'acte reste longtemps lu comme une trahison. Entre les deux, l'homme se tait, vit à Bordeaux, et n'est ni un héros ni un ennemi.

La reconnaissance publique arrive tard, par étapes, et surtout par la ville plutôt que par les institutions nationales.

Ce que ça change pour l'épisode

Le délai n'est pas un oubli administratif : c'est le temps qu'il a fallu pour qu'un récit collectif accepte une figure qui ne rentre dans aucune de ses cases.

La ville est encore là

Six adresses, une seule vraiment certaine

Les lieux de cette histoire tiennent dans quelques kilomètres. Certains sont localisables, d'autres sont cités sans que leur emplacement puisse être vérifié ici : ils sont listés sans être cartographiés.

L'itinéraire du 22 août

Blockhaus de la rue RazeLocalisation probable

Jardin PublicZone

Base sous-marine de Bacalan

  • Lieu exact
  • Localisation probable
  • Zone
Trois lieux localisables. Le blockhaus est ● ATTESTÉ comme ouvrage et comme dépôt, mais son point exact dans la rue Raze reste une localisation probable : le point affiché est relevé au centre de la voie.Fond de carte : © contributeurs OpenStreetMap (ODbL). Carte contemporaine stylisée à partir de données géographiques actuelles.
  • Plaque municipale 2019-2020
  • Autre trace documentée
  • Blockhaus de la rue Raze

    Heinz Stahlschmidt, 22 août 1944

    Le dépôt de mise à feu du dispositif portuaire. L'ouvrage est toujours présent dans la rue, aux Chartrons.

    Autre trace documentée

    Source : OpenStreetMap — voie « Rue Raze », Bordeaux ; données de lieux du site.

    À vérifier : L'emplacement précis du dépôt dans la rue, distinct de l'existence de l'ouvrage.

  • Jardin Public

    Heinz Stahlschmidt, après l'acte

    Le parc où le récit situe l'attente. Aucun banc, aucune allée précise ne peut être localisé.

    Autre trace documentée

    Source : Récit rapporté par l'intéressé ; parc existant (OpenStreetMap).

    À vérifier : Tout emplacement plus précis que le parc lui-même.

  • Base sous-marine de Bacalan

    Kriegsmarine, 1941-1944

    Ce qui a fait de Bordeaux un objectif militaire majeur, et donc un port à détruire en se retirant.

    Autre trace documentée

    Source : Bâtiment existant, emplacement public.

  • Rue Henri-Salmide

    Henri Salmide, dénomination posthume

    Une voie bordelaise porte son nom : la trace municipale la plus visible de la reconnaissance tardive.

    Plaque municipale 2019-2020

    Source : Dénomination citée ; aucune délibération n'est jointe à cette page.

    À vérifier : La localisation exacte de la voie et la date de dénomination. Faute de vérification, aucun point n'est porté sur la carte et aucune fiche de lieu n'est créée.

  • Cimetière protestant, rue Judaïque

    Henri Salmide, sépulture

    Le lieu de sépulture cité par les récits de sa mort, en 2010.

    Autre trace documentée

    Source : Récits de presse cités ; aucune pièce d'état civil n'est jointe ici.

    À vérifier : Le cimetière et l'emplacement de la tombe. Non cartographié tant que ce n'est pas établi.

  • 100 cours de l'Yser · quartier Saint-Michel

    Henri Salmide, après-guerre

    Adresse et quartier cités dans les récits de sa vie bordelaise d'après 1947.

    Autre trace documentée

    Source : Récits publiés ; adresse non vérifiée dans les données du site.

    À vérifier : L'adresse elle-même et la période concernée. Aucun point n'est porté sur la carte.

Voir

Voir

Aucun visuel de cette histoire n'est publié ici : ni photographie du port miné, ni portrait, ni image extraite de l'entretien filmé. Rien n'a été généré pour combler ce vide.

  • Entretien filmé de 1993

    Cette archive n'est pas montrée tant que ses droits ne sont pas établis.

    Source primaire potentielle. Détenteur des droits et conditions de diffusion à établir.

  • Photographies du port de Bordeaux, août 1944

    Cette archive n'est pas montrée tant que ses droits ne sont pas établis.

    Fonds d'archives publics et privés ; références et droits non établis pour cette page.

  • Portraits de Heinz Stahlschmidt / Henri Salmide

    Cette archive n'est pas montrée tant que ses droits ne sont pas établis.

    Clichés de presse et clichés privés ; auteurs et ayants droit non identifiés ici.

La question qui reste ouverte

Était-il seul ?

L'acte est établi. Le nombre de mains qui l'ont rendu possible ne l'est pas.

Ce qui est documenté

● ATTESTÉ — le dépôt de la rue Raze a été détruit le 22 août 1944 et le minage du port n'a pas eu lieu.

Ce qui est discuté, ce qui reste inconnu◐ RECONSTITUÉ — le détail des gestes à l'intérieur du blockhaus repose sur son propre récit, livré des décennies plus tard.

● ATTESTÉ — Heinz Stahlschmidt a revendiqué l'acte, l'a raconté publiquement et n'a jamais été contredit sur ce point par une source adverse connue.

Ce qui est discuté, ce qui reste inconnu○ INCONNU — l'existence d'appuis : complicité passive d'un supérieur, contact avec la Résistance bordelaise, aide matérielle pour disparaître ensuite. Des récits l'affirment, aucun document n'est produit ici.

Ce qui est discuté, ce qui reste inconnu○ INCONNU — le nombre de vies épargnées. Le chiffre de 3 000 à 3 500 est une estimation reprise de récit en récit ; aucune méthode de calcul ni aucun décompte n'est joint. Cette page ne le présente donc pas comme un bilan.

Un acte peut être établi et ses conditions rester obscures : c'est le cas ici.

Poser la question, ce n'est pas douter de l'homme. C'est refuser de transformer une estimation en comptabilité.

Après l'histoire

  • 1947 — Henri Salmide

    Il obtient la nationalité française et prend le nom d'Henri Salmide. C'est à partir de cette date que cette page l'appelle ainsi. ◐ RECONSTITUÉ : la date de 1947 est celle que rapportent les récits publiés ; aucun acte n'est joint ici.

  • Une vie bordelaise

    Il épouse Henriette, une Bordelaise, et fait carrière comme pompier du port — après avoir empêché sa destruction. ◐ RECONSTITUÉ : rapporté de manière convergente par les récits publiés, non documenté pièce à pièce ici.

  • 23 février 2010

    Il meurt à Bordeaux, à 90 ans. Sa sépulture est située, selon les récits, au cimetière protestant de la rue Judaïque — ○ INCONNU tant que l'emplacement n'a pas été relevé.

  • La reconnaissance, par étapes

    Médaille de la ville, Légion d'honneur, un bâtiment du port portant son nom : la reconnaissance arrive par paliers, plus de cinquante ans après. Les dates sont données en Comprendre 04, avec leur statut.

  • L'accusation de trahison

    Du côté allemand, son geste a longtemps été qualifié de trahison, et il s'en est expliqué publiquement. ○ INCONNU : un déplacement en Allemagne en 2001 pour répondre à ces accusations est mentionné dans certains récits ; il n'est pas confirmé ici et n'est donc pas raconté.

Dans les coulisses du récit

Faits réels, narration immersive.Et quand les archives se taisent, la fiction prend le relais sans le cacher.

Documenté

  • Le minage du port de Bordeaux était préparé en août 1944, et il n'a pas eu lieu.
  • Le dépôt de mise à feu était situé dans un blockhaus de la rue Raze, aux Chartrons ; l'ouvrage existe toujours.
  • Heinz Stahlschmidt, sous-officier allemand chargé des explosifs, a revendiqué la destruction de ce dépôt et est resté vivre à Bordeaux sous le nom d'Henri Salmide.

Discuté

  • La date de l'ordre de destruction : selon les récits, le 9 ou le 19 août 1944. Nous n'arbitrons pas.
  • La date prévue de la destruction : les 24-25 août selon certains récits, les 26-27 selon d'autres.
  • Le contenu exact du dépôt et l'ampleur du dispositif miné : les chiffres varient d'un récit à l'autre.
  • L'existence d'aides ou de complicités autour de l'acte.

Reconstitué

  • Le déroulé minute par minute du 22 août — l'entrée dans le blockhaus, la mèche, la sortie, l'attente au Jardin Public — repose sur son témoignage tardif.
  • Ses motivations intimes : elles ne sont accessibles que par ce qu'il en a dit lui-même, longtemps après.
  • Le nombre de vies épargnées : estimation, jamais décompte.
Consulter les sources et la méthode
  • Entretien filmé de 1993

    Traité comme source primaire : c'est lui qui parle. Non diffusé ici, droits non établis. Comme toute parole de premier concerné, il éclaire les intentions plus qu'il n'établit les faits extérieurs.

  • Dominique Lormier

    Travaux sur la Libération du Sud-Ouest. Référence courante ; c'est l'une des sources d'où proviennent les datations divergentes de l'ordre de destruction.

  • Erwan Langéo

    Récit consacré à Henri Salmide. À lire comme un récit construit : les scènes dialoguées relèvent de la narration, pas de l'archive.

  • Presse locale et fonds audiovisuels (INA)

    Origine de la plupart des dates de reconnaissance qui circulent. Références précises non versées à cette page : c'est pourquoi ces dates n'y sont pas données comme attestées.

  • Archives Bordeaux Métropole

    Fonds municipaux sur la Libération de la ville et sur les dénominations de voies. Piste de vérification ouverte, non encore dépouillée pour cette page.

  • OpenStreetMap (ODbL)

    Fond de carte et voies citées : rue Raze, Jardin Public, Bacalan.

Droits d'image · Aucune photographie d'archive n'est publiée sur cette page. Les clichés du port miné, les portraits de Heinz Stahlschmidt et l'entretien filmé de 1993 relèvent de fonds dont les droits ne sont pas établis ici. Aucun visuel n'est généré pour combler ce manque.

Faits réels, narration immersive.Et quand les archives se taisent, la fiction prend le relais sans le cacher.